Mission « sac à dos »

« Porte mes mots avec ton petit sac à dos! »

Voici le nom de code de votre nouvelle mission, dis-je d’une voix militaire.

Mes livres étaient tous alignés au garde-à-vous devant moi. Attentifs. Concentrés. Parfait!

« Cette mission, si vous l’acceptez, ne sera pas sans danger! Il faudra s’ouvrir aux lecteurs inconnus, faire fi de toute timidité. Il vous faudra tout abandonner et ne pas regarder en arrière : à la maison, vous ne reviendrez jamais.

En contrepartie, vous voyagerez de part le monde, vous verrez du pays, vous rencontrerez des gens, vous les ferez rêver, trembler, vivre.

Je vous promets de nouveaux horizons et des rencontres insolites. »

Puis, d’une voix plus douce, parce que l’émotion, ça étrangle :

« Sachez que vous serez toujours mes petits chéris et que je penserai bien fort à vous. N’oubliez pas de m’envoyer une carte postale de temps en temps… »

Enfin, d’une voix ferme, parce que l’émotion, ça ramollit :

« Mais trêve de sentimentalité : place à l’action!

Votre mission :
- parcourir le monde;
- pulvériser les frontières;
- rencontrer les lecteurs;
- faire vivre le livre autrement.

Les moyens mis à votre disposition :
- un sac à dos rouge passion ;
- une étiquette explicite collée sur le front;
- une carte de visite à distribuer sans modération.

Je leur laissai le temps de découvrir leur paquetage et leur distribuai leur feuille de route. Déjà, Le Lectivore se collait l’étiquette sur les fesses en rigolant bêtement : il fanfaronnait, comme d’habitude. Le Cri de la Gargouille tripotait son sac à dos à n’en plus finir : il n’en menait pas large. Le Collectionneur de Maisons se tenait les mains croisées dans le dos et les yeux au plafond : il faisait semblant d’être ailleurs, probablement sur un chantier.
Je laissai tomber son paquetage à ses pieds, fis deux pas en arrière et hurlai :

« Garde à vous! »
« Rompez! »

Et pendant que le cri de la Gargouille tachait sa couverture à force de larmes, j’ajoutai en note de bas de page :

« Accomplissez votre mission… ou pas. Quoi que vous fassiez, je serai toujours fière de vous. »

Les commentaires sont ferms.