Question(s) de salon…

Caroline Bonardi

Encore question de salon? Non, pas question! Mais lors des salons en question, il y a eu plein de questions. Je me soumets donc à la question et réponds.

Question : Comment écrit-on un livre ?
Réponse : Avec beaucoup de travail, de patience, d’acharnement. Avec beaucoup de plaisir aussi, heureusement !

Pour chaque écrivain, le processus est différent car éminemment personnel. Je ne parlerai donc que pour moi.
Au tout début, il y a une petite idée qui trotte si bien qu’elle fait son chemin. Pendant plusieurs semaines, je gribouille sur un cahier, je prends des notes. Quand le cahier est plein de toutes les idées que j’avais dans la tête, c’est l’heure de structurer tout ça et de faire quelques recherches.

En général, j’ai un tableau papier, et j’ébauche un fil directeur qui, progressivement, va se transformer en plan, en plan détaillé, en synopsis. Puis, sur feuilles, je reprends chaque chapitre que je creuse jusqu’à ce qu’il soit mûr pour l’écriture.
Vient ensuite le moment de la prise de distance : je revois le plan détaillé, je m’assure qu’il est logique, bien bâti, solidement campé : ce sont les fondations du futur livre.

L’écriture : j’ignore pourquoi mais je ne travaille pas de la même façon à chaque fois. Cela dépend du livre. C’est lui qui me dicte le mode d’emploi ! Certains seront écrits à la main et d’autres, directement à l’ordinateur.
C’est pour moi, la phase la plus agréable : du pur plaisir que de laisser les mots jaillir. Je suis ce qui me tient lieu de synopsis, c’est réconfortant de savoir où on va. Mais je me laisse le droit de partir dans une autre direction, de développer un autre point qui aurait jailli sous ma plume, pour peu qu’il soit intéressant.

Ensuite, quand le livre est écrit, il faut le corriger. Corriger l’orthographe, la syntaxe, la grammaire, relire et relire encore jusqu’à ce que l’on soit satisfait ?
Je ne suis jamais satisfaite de ce que j’écris. Je doute toujours de l’intérêt et de la qualité de mon travail.
L’aboutissement d’un projet d’écriture est donc pour moi toujours difficile !

Caroline Bonardi

Question : Combien de temps vous faut-il pour écrire un livre ?
Réponse : Environ un an.

Pour vous donner un ordre d’idées, je dirais quatre mois pour les notes, les recherches et le plan. Trois mois pour l’écriture. Cinq mois pour la correction… environ. J’écris tous les jours et je m’impose en général un ou deux chapitres par semaine. Je veux dire : un ou deux chapitres dont je sois satisfaite !

Caroline Bonardi

Question : Pourquoi écrivez-vous des romans policiers ?
Réponse : Je n’écris pas que des romans policiers mais il est vrai que j’ai commencé par ce genre.

Pendant longtemps, je ne lisais que cela. Je me suis si bien nourrie que, je pense, le jour venu, c’est un polar qui est né. Tout naturellement !

Surtout, si, en tant que lectrice, je prends du plaisir à déchiffrer les indices et espère bien trouver le meurtrier avant la fin du livre, en tant qu’écrivain, je m’amuse tout autant. Quand je construis mon intrigue, je veille à semer mes indices le plus judicieusement possible afin que mon futur lecteur puisse jouer avec moi. Qui gagnera la partie ? C’est extrêmement ludique.

Enfin, le noir fascine beaucoup de gens, alors pourquoi pas les écrivains ? Pourquoi pas moi ?!

Caroline Bonardi

Question : Pourquoi du fantastique dans vos romans et dans les romans policiers en particulier ?
Réponse : Et pourquoi pas ?! Je me sens un peu prisonnière des classifications existantes.

Aujourd’hui, il faut écrire du policier ou du noir ou de la science-fiction ou du sentimental ou du roman de société… mais attention à ne pas sortir des cases ! Moi, je n’aime pas les cases, les étiquettes, les genres : je trouve cela réducteur. Cela nuit à la créativité et à la diversité culturelle. Moi, j’ai envie de transgresser les genres, pas inventer un autre genre mais faire de l’anti-genre.

Ainsi, chez moi, c’est le sujet qui conduit au genre. Par exemple, si j’ai envie d’écrire sur la nature humaine et son côté obscur, ma plume se dirigera naturellement vers le polar ou le noir.

Mais au détour d’un chapitre de ce même livre, une description d’un lieu pourra m’entraîner vers l’utilisation de la prose ou de la poésie si, pour décrire le beau, il me faut ce genre de mots et de rythmes. De la même façon, un passage dialogué se transformera en scène de théâtre si les personnages, les mots en action s’y prêtent.

Dans tous les cas, le genre utilisé est l’outil dont se servent mes sujets pour s’approprier l’histoire. Ce n’est pas le genre qui dicte sa loi.

Alors pourquoi du fantastique dans un roman policier ? Très naturellement. Le roman policier, c’est du réalisme exacerbé. Quand la réalité devient insupportable, il faut la transcender, aller au-delà. Et on bascule dans le fantastique. Quand les mots manquent pour raconter cette réalité, il faut trouver d’autres images et les mots qui vont avec, un genre de degré supérieur. Et on bascule dans le fantastique.

Pour moi, le fantastique va de pair/se conjugue avec les réalités de ce monde, ces « noirceurs insondables » que l’on retrouve dans les littératures noires et policières.

Un commentaire pour Question(s) de salon…

  1. Lucile Gauchers (UERA)

    J’aime beaucoup ton article relatif à la « méthodologie » de l’écrivain. Il est clair et précis. Chaque auteur procède selon son inspiration, certes, mais les bases que tu indiques sont indispensables si nous ne voulons pas aller dans le mur ou avoir le nez dans le guidon. Effectivement, même si le fil conducteur est, et doit rester invisible, il doit bel et bien exister pour la cohérence de l’écrit. Merci. Lucile