Le bon voisin (suite et fin)

Gérard rentra chez lui avec le goût réconfortant du travail bien fait...

Gérard commença par mener sa petite enquête : qui étaient cet homme et cette femme ?
Il apprit de source sûre que Monsieur était un ancien militaire de carrière à la retraite. Des langues racontaient qu’à son départ de l’armée, ses supérieurs avaient été bien soulagés car son comportement commençait à nuire sérieusement à l’image de l’institution. Il aurait, parait-il, été trop zélé…

Ce qui est sûr, c’est que Madame l’attendait dans leur ancienne maison située dans le village voisin. Elle racontait à qui voulait l’entendre que son mari était un militaire au passé et au présent glorieux, qu’il avait contribué à la libération d’un village tombé aux mains de l’ennemi, qu’il avait sauvé à lui seul des otages retenus par les Talibans et que, s’il avait été là, les tours du World Trade Center ne seraient jamais tombées.

Et tout ceux qui voulaient l’entendre avaient mal digéré les salades qu’elle leur servait tant la sauce était aigre. Elle avait même hissé le drapeau tricolore à sa fenêtre à la manière des femmes de soldats américains désireuses de partager la guerre que menait au loin leur mari.

De toute évidence, Madame vouait un culte immodéré à son mari, ce qui lui permettait probablement de passer l’éponge sur les engueulades qu’elle essuyait à chaque retour du soldat prodige. Toujours selon la rumeur, le mari reprochait régulièrement à sa femme de ne pas tenir leur maison au carré. Tout cela mena Madame fort logiquement chez le psy qui n’eut d’autre solution, à défaut de traiter le mari, que d’assommer la femme à coup d’anti-dépresseurs.

Pour résumer, Madame était dépendante et fragile. Intéressant. De plus, le couple n’avait pas d’enfant. Pour Gérard, c’était toujours ça de moins à éliminer.

Une fois tous ces renseignements réunis, Gérard passa à l’action. Tout d’abord, il se procura par des moyens que nous tairons pour des raisons de confidentialité, vous le comprendrez, une grenade qui ne demandait qu’à être dégoupillée.

Par une nuit sans lune, il creusa, dans la cour commune, un trou, ni trop profond ni trop superficiel, juste approprié. Là, il enterra délicatement la grenade dégoupillée. Puis, il pénétra dans la maison en travaux des voisins. Ce n’était pas compliqué : comme il n’y avait rien dans cette maison susceptible d’être volé, les voisins n’avaient pas fermé à clé. Dans la maison, il accrocha à une poutre, une corde solide. Puis il referma la porte comme s’il n’était jamais venu.

Gérard rentra chez lui avec le goût réconfortant du travail bien fait.

Le lendemain, il guetta l’arrivée des voisins. Pour la première fois, il éprouva du plaisir en entendant le grondement tonitruant du tracteur. La journée s’acheva comme elle avait commencé : sans surprise, mais Gérard avait confiance. Et puis, un bonheur est encore meilleur quand il se fait désirer.

Le surlendemain, alors qu’il sirotait son café sur sa terrasse, le tracteur revint. De nouveau, il laboura la cour de ses immenses roues crantées. Gérard suspendit son geste pile au bon moment : à croire qu’il avait eu une prémonition. Dans un fracas assourdissant, le tracteur prit son envol et quand il retomba sur le sol, ce fut en pièces détachées. A l’intérieur de la tasse, le café de Gérard s’était mis à danser.

La femme entreprit aussitôt de hurler, faisant concurrence aux sirènes de pompier qui ne tardèrent pas à arriver. Gérard se versa une deuxième tasse de café.

Le lendemain, il apprit sans surprise que Madame, après le départ des pompiers, de l’ambulance et des pompes funèbres, s’était pendue à une corde suspendue à une poutre de sa nouvelle maison. Après tout, ne l’avait-il pas accrochée là à cette fin ?!

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2 commentaires pour Le bon voisin (suite et fin)

  1. anonyme A

    Je trouve la méthode pas mauvaise pour avoir un bon voisinage…..

  2. Maurice

    Your post, Le bon voisin (suite et fin) |, is really well written and insightful. Glad I found your website, warm regards from Maurice!