Le bon voisin

Et jour après jour, ils ont semé le bruit et la fureur dans le crâne de Gérard.

Gérard a des voisins mal élevés. Qui n’en a pas ?! Pourtant il considère que son cas est particulier. Vous en jugerez. D’abord, il a acheté sa maison avant eux. Il était là le premier, ce qui, de son point de vue, lui confère un genre de droit de priorité. Ensuite, jusqu’à ce que ses voisins décident de s’installer à côté, il n’a jamais eu de problème. Alors? A qui la faute? Mais écoutez plutôt…

Gérard est du genre calme et réservé. En fait, il aime par-dessus tout qu’on lui fiche la paix. Moyennant quoi, il est, ce qu’on peut appeler, un bon voisin : c’est la fumée de sa pipe qui le trahit le soir quand il sort sur sa terrasse, seul le bruit de ses portes et de ses volets indique qu’il est là, quelque part entre ses murs. Le reste du temps, personne ne le voit ni ne l’entend. Et tout le monde est content.

Quand les voisins sont arrivés, ils ont pris possession de la cour commune. Ils ont répandu leurs voitures sur toute la surface comme pour marquer leur territoire. Oyez ! Oyez ! Nous sommes arrivés ! Déjà, Gérard était agacé.

Ensuite, ils ont fait du bruit, beaucoup de bruit et de la saleté. Comme ils ont tout démoli dans leur maison, les coups de masse ont résonné longtemps, perturbant la sieste quotidienne de Gérard. Une poussière épaisse, têtue, s’est infiltrée sous les portes et s’est déposée tranquillement chez Gérard comme si, elle aussi, était chez elle. Mais pour qui se prenait-elle ?! Impossible de s’en débarrasser : elle revenait toujours, jour après jour, se déposer sur les meubles, remplir son assiette et s’amusait à le faire tousser.

Les voisins ont même amené un tracteur et sa remorque pour évacuer les gravats. Pendant que les roues creusaient des nids de poule dans la cour commune, Gérard ne cessait de s’interroger : et qui c’est qui va payer la remise en état de la cour ? est-ce qu’ils vont seulement nettoyer les débris qui, inévitablement, jonchent le sol et s’incrustent dans la terre à force de passer et repasser dessus avec leur saleté de tracteur ?

Si encore les voisins avaient fait l’effort de venir le voir, de se présenter, de dire bonjour, de s’expliquer, de s’excuser pour la gêne occasionnée… Mais non, rien. Ils ne sont pas venus. Et jour après jour, ils ont semé le bruit et la fureur dans le crâne de Gérard.

N’en pouvant plus, il est sorti de sa réserve habituelle, ce qui lui a beaucoup coûté. Il est allé les voir, ces voisins indélicats et, doucement, presque gentiment, il leur a expliqué que la cour était aussi à lui et que… Il n’a pas eu le temps d’aller plus loin. Déjà, les voisins se mettaient à crier. Ils criaient en levant haut les bras et en les faisant tourner, menaçant son intégrité physique. Ils criaient qu’ils étaient les seuls propriétaires et qu’ils feraient comme chez eux puisqu’ils étaient chez eux.

Quand Gérard, à bout de souffle tellement il était outré, en vint à leur mettre son acte de propriété sous le nez, les voisins se mirent à ricaner. Parce que vous croyez que ça change quelque chose, votre bout de papier ?! On est chez nous, on vous dit et on fait ce qu’il nous plait et si vous êtes pas content, vous avez qu’à déménager. Les flics ? Allez-y ! On en a rien à cirer ! Vos droits ? Vous savez où vous pouvez vous les mettre…

Par pudeur, Gérard ne rapportera pas toutes les insanités qui suivirent. Tout ce qu’il retiendra, du reste, c’est qu’il s’est fait insulter comme jamais auparavant et qu’il s’est retrouvé totalement démuni, comme un petit enfant. Rien de ce qu’il pourrait faire ou dire n’influerait sur ces gens. Ses nouveaux voisins, par leur comportement, s’étaient tranquillement placés au-dessus des lois, au-dessus du droit, au-dessus de tout. Ils ne craignaient visiblement rien ni personne. En plus, ils étaient malhonnêtes, violents, bêtes et méchants. Que faire contre des gens comme ça ?!

Gérard réfléchit et il finit par trouver. Il allait les assassiner.

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2 commentaires pour Le bon voisin

  1. ZORGLUB

    Moi, je le connais Gérard,je le vois tous les jours ! Meme que je confirme qu’il fait la sieste journalièrement et que meme parfois il s’assoupit avec sa pipe au bec. Et là il faut pas le déranger, car aprés il est tout bougon jusqu’à la fin de la journée. Mais bon, on lui pardonne, car avec tous ces soucis de voisinage, cela s’explique!

  2. anonyme A

    Je pense que certains devraient faire attention aux commentaires qu’ils laissent car un accident est si vite arrivé … (voir la suite)