Attention! Evénement! Sortie du « Lectivore »!

- T’as entendu? un événement! Ils parlent d’un événement! Tu crois que c’est un événement national?
- Oh, sûrement! Sinon, pourquoi en parleraient-ils?
- Surtout, qu’ils disent « attention! » Donc, c’est que l’évènement est d’importance. Sinon, ils diraient juste « sortie du Lectivore ».
- Tout à fait d’accord.
- Mais au fait, c’est quoi, c’est qui, ce fameux Lectivore? Et pourquoi il sort?
- Je crois que c’est un livre.
- Un livre? Un livre est un évènement?
- Faut croire.
- Mais il sort d’où? Il va où?
- Il sort de chez l’imprimeur et espère bien venir te voir chez toi.
- Chez moi? Mais je ne le connais même pas!
- Ben moi, je l’ai déjà rencontré : c’est un livre étrange. Il ne ressemble ni au roman classique, ni au roman fantastique, ni au carnet de voyage, ni à une pièce de théâtre… et en même temps, il y a un petit peu de tout ça en lui. Tu comprends?
- Euh… Je crois mais ça ne me dit pas ce qu’il va me raconter!
- Il va te parler d’un homme, l’oncle B, qui a commis une faute impardonnable. Enfin, lui ne peut pas se pardonner. Du coup, il veut se suicider.
- ouh là, stop! Moi, il n’est pas question que je reçoive quelqu’un de suicidaire chez moi! C’est dangereux! Et puis, je ne suis pas psy ou je ne sais quoi.
- Attends! Je ne t’ai pas tout dit!
- Ah, parce qu’il y a pire ?
- Mieux! Figure-toi qu’il lit beaucoup, cet homme-là. D’ailleurs, quand il se présentera chez toi, il sera probablement en train de lire.
- Et qu’est-ce qu’il lit en ce moment?
- Un roman épique avec des chevaliers, des belles dames et des châteaux remplis de magie… tu vois le genre.
- Mais alors, si il lit, il ne va pas pouvoir me parler!
- Détrompe-toi! Quand il lit, il arrive toujours un moment où son esprit s’égare. Il s’identifie à un personnage, une situation… C’est drôle d’ailleurs : comme si le livre le forçait à se souvenir! Et alors, il raconte…
- Et il se souvient de quoi?
- Ben justement, il se souvient de sa faute…
- Mais qu’est-ce qu’il a fait au juste, ce bonhomme-là?
- Ah, ça, c’est un secret que je n’ai pas le droit de divulguer. Tout ce que je peux te dire, c’est que les personnages de son livre, tu sais? le roman épique qu’il lit sans arrêt, et ben, les personnages, ils n’en ont pas cru leurs yeux et leurs oreilles! Une aventure pareille, ça ne leur était jamais arrivé.
- Nan!
- Je te jure! C’est une histoire de fou!
- Allez, raconte! A moi, tu peux bien le dire?!
- Hors de question! Et si t’es si curieux, t’as qu’à l’inviter chez toi !

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie de mon roman « Le Lectivore ». Mon éditeur, les éditions Kirographaires, propose à cette occasion et en avant-première, une édition limitée, numérotée et signée par mes soins. Alors, si vous n’avez pas envie d’attendre sa sortie officielle en décembre 2012, commandez-le dès à présent sur http://www.edkiro.fr/le-lectivore.

QUATRIEME DE COUVERTURE DU LECTIVORE

Qui est l’oncle B ? Pourquoi veut-il se suicider ? Quel est son secret ? L’oncle B refuse de raconter. Pourtant, jour après jour, il est assis : il lit. Il ne se rend compte de rien mais chaque chapitre de son livre le renvoie à sa propre vie. Ça vous est probablement déjà arrivé et, jusque-là, tout va bien sauf que… l’oncle B se souvient. Très vite, il posera des questions. Jusqu’où ira-t-il chercher les réponses ? Je ne sais pas vous mais les personnages de son livre, eux, ne s’attendaient pas à ça…

Aux confins du fantastique, à la limite de tous les genres, le Lectivore, roman atypique, dresse le portrait d’un homme torturé par la culpabilité que le pouvoir de la lecture finit par transcender.

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Le bon arbre (acte 3)

Le bon arbre...


3.

La petite bête est tout en haut du mûrier, sur la dernière branche et la plus haute feuille et c’est comme ça depuis longtemps. Elle ne bouge pas. On la croirait jetée, emberlificotée, à la dérive du vent comme un poisson mort dans le courant.

D’en bas, on ne voit qu’une boule incongrue au milieu des feuilles qu’un éclat de soleil embrase par instant. L’œil est éteint. Sinon, elle le cache bien. De temps en temps, le vétérinaire lève les yeux au ciel mais il n’ose pas appeler : il y a les enfants. Alors, il entreprend de décrire la cage qu’il a fabriquée sur mesure dans son appartement, une cage de 1,80 mètre sur 50 cm – oui, Madame ! – et entièrement démontable pour l’entretien.

- J’en avais pour deux heures par semaine à tout nettoyer : un travail de fou !

Et puis, il y a la télévision dont ils partageaient les programmes, la tapisserie en paille de Chine où elle s’accrochait…

- Ah, je vous l’ai déjà dit ?!
- Qu’est-ce qu’il attend ? demande un enfant.
- Elle apprivoise le vent, elle apprend les odeurs, jusqu’au soleil qu’elle ne connaît pas vraiment ! explique le vétérinaire. Laisse-lui le temps. Elle a besoin de temps.

Et il ne sait plus quoi dire, vraiment.
Ah si ! Elle sera ici parfaitement : ce bon gros arbre, moussu, avenant. La fraîcheur de ses feuilles, ce côté rassurant. Et puis la noix, la noisette et la châtaigne que l’on sait à portée. Et puis vous viendrez, cet hiver, vous vous en occuperez ?

Déjà, un enfant apporte l’un de ses doudous en geste de fraternité.

Et encore l’eau, la maison à côté. Je laisse la cage pour qu’elle soit rassurée. Son nid est bien orienté : la pluie ne pourra pas rentrer.
C’est tout ? C’est assez ? Oh, et puis, ce n’est qu’une bête, hein ?! On ne va pas en faire un pâté.

La bête, dans son arbre, s’est juste retournée. Elle oscille comme un fruit mûr. Peut-être va-t-elle tomber.

- Et si on secouait le prunier ? demande une voix pleine d’espoir.
- Non ! Non ! Elle va y arriver.

L’après-midi se passe, longue dans sa chaise longue. Et l’on boit et l’on mange et l’on cause et l’on danse. Rien n’y fait. A la fin, c’est toujours pareil : l’animal ne tombe pas de sa branche et le vétérinaire se tord le cou.

- Qu’est-ce qu’on attend ? demande un enfant.

Puis, il est l’heure de partir. Il n’est plus possible de faire autrement. Un enfant accourt et il tend un dessin.

- Qu’est-ce que c’est ?
- C’est Bounty. C’est ton écureuil. C’est pour toi, pour ta maison.
- Ah, c’est bien. Tu as bien observé. Ces touffes de poil sur les oreilles, cette belle queue en panache. Et puis l’arbre, les feuilles, la cage, les noix… Ah oui, tout y est. Tu n’as pas oublié non plus la tache blanche sur le ventre. Merci. Approche que je te fasse un bisou. Je l’accrocherai chez moi, sur le mur, à la place de la cage…

Puis, un œil sur l’arbre, sa cime (un mouvement ?),

- Vous verrez, elle va y arriver. Bon, ben, merci pour tout. Merci pour la gamine.

***

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Le bon arbre (acte 2)

Le bon arbre...


2.


Bientôt, de rebondir, la bête a cessé.
Accrochée aux barreaux de fil, les doigts écarquillés, elle te transperce de son œil noir et rond comme un bonbon. Qui sait ce qui se dit dans cette tête ? Probablement rien. C’est trop tôt. Son ventre dont on ne se lasse guère nous répète que la bête est affolée. Affolée de vent et d’odeurs. Affolée de gens et de leurs humeurs. Tout ce mouvement après l’appartement !

Je te donne des feuilles craquantes et un mûrier centenaire – le plus beau des trônes ! – contre une tapisserie en paille chinoise et des canapés de cuir bleu. Je te donne un ciel sans fin, de l’air comme un nectar et de la musique sur tous les tons contre la pollution d’une ville et une télévision.
Prends ça et plus encore. Tu n’as pas fini de t’émerveiller.

Après un temps – celui d’un café – le vétérinaire lui rend son ancien nid – un coude en PVC bourré d’étoupe – qu’il accroche à proximité de la cage, dans l’arbre, à l’intérieur d’un nœud. Probablement pour que la bête se sente chez elle, qu’elle ne se perde pas, voire qu’elle se rappelle… Mais cela, on ne le dit pas.

Tout est prêt ? Deux cagettes de noix de l’année passée sont là, prêtes à être dispersées. De toute façon, le noyer et le noisetier côtoient le mûrier : il suffira de humer. Au pire, les enfants traceront un chemin avec ces mêmes noix jusque sous le garde-manger.

Mais la petite bête saura-t-elle faire provision pour l’hiver ? Saura-t-elle s’abriter de la pluie ? se protéger de l’épervier et du gros « rat-à-la-queue-qui-frise » ? Saura-t-elle simplement grimper dans l’arbre sans en tomber ?!
Il suffit d’essayer. De toutes façons, on ne peut plus guère reculer.
De nouveau, on se jette sur les appareils photos. On veut un peu garder. On répartit les rôles : c’est pas compliqué. Il y a celui qui agit et ceux qui regardent.

L’un s’approche de la cage aux barreaux ronflants. Il ouvre un porte, tout doucement et se retire en reculant, la tête presque rentrée dans les épaules, l’œil caché par le caméscope.
Les autres ont pris eux aussi du recul, peut-être par prudence.

Alors qu’on ne l’attendait pas avant longtemps, en tout cas différemment, la bête rousse, après tout ce tourment, se hasarde à l’extérieur de sa cage presque tranquillement.
Son cœur bat toujours autant mais ses gestes sont plus lents, presque calculés. Une patte puis le bout du nez. La deuxième patte et hop ! c’est tout le corps qui se hisse à l’extérieur dans un retournement complet de situation. La queue vient en dernier, si touffue, bourrue, hirsute qu’elle raye l’acier de la porte ! qu’elle ne pourra jamais passer ! qu’à l’extérieur, elle se déploie de plus belle comme si elle avait été comprimée avant !

Après, la bande du film passe trop vite : un trait de queue, une flamme vive, un souffle de feu et voilà l’écureuil tout en haut sur la dernière branche et la plus haute feuille.

- Elle s’appelle Bounty. C’est une femelle, nous explique pour la forme le vétérinaire. Je l’ai élevée au biberon mais maintenant, il faut qu’elle retrouve son environnement naturel.

C’est bien pour ça : le nid en PVC accroché en plein mûrier, les doudous de chiffon que la petite bête aère chaque jour – nous dit encore le vétérinaire – les noix décortiquées, tout ça, tout ça…

Puis, constatant que l’écureuil est tout en haut, sur la dernière branche et la plus haute feuille et ne se retourne pas, il jette par dessus son épaule :

- Ah c’est comme ça ! Bon débarras !

(une histoire à suivre…)

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Le bon arbre (acte 1)

Le bon arbre...


1.


Cela faisait déjà deux jours de patience,
48 heures longues à se dire des mots pressés, à trépigner, à languir. Quand, enfin, ils arrivèrent dans une voiture toute normale par des voies ordinaires, les enfants n’étaient pas déçus, non. Mais ils s’attendaient presque à mieux.

Vite, tout est oublié dès que la cage, offerte à bout de bras, offrande de roi, jaillit du coffre et s’achemine jusque sur le perron.
Du reste, on ne voit qu’elle, toute caparaçonnée de linges, elle vibre, elle swingue, elle renferme un orchestre de cymbales ! Les enfants disent bonjour du bout des lèvres, les yeux rivés sur le vilain objet-mystère, pulvérisant les fibres, fondant l’acier, ne voyant décidément qu’au-delà.
Le vétérinaire n’en est pas offusqué. Après tout, les bonnes manières sont sauves et lui-même ne bride plus ses émotions. Déjà, il a sorti la caméra et il en règle l’objectif. Bonjour quand même. Un café ? Pourquoi pas. Bon, on y va ?

On y va.
Sans grande précaution finalement, le vétérinaire arrache le scotch et dégage la cage de sa gangue de coton.
Les yeux mangent les visages pétrifiés. L’iris devient encre profonde encadrée d’effroi. Le temps d’un éclair de feu. Car, après, il n’y a plus que joie, pur plaisir de rencontre sans voix.
La petite bête est bien là. Elle s’accroche de ses doigts sensibles et gracieux au grillage indifférent par rebonds incessants.

Voilà notre musicien affolé ! Voilà la cage musicale !
Elle tourne comme une machine à laver ! Elle ne s’arrête que quand elle est épuisée. Mais dit comme cela, ce n’est pas lui rendre justice. Il vaudrait mieux raconter une flammèche endiablée qui embrase la cage, deux touffes de poils prolongeant des oreilles coquines, un triangle de nez – ciselé, parfait – quatre pattes écartelées qui jouent de la varappe, au bout, des phalanges délicates, une chair palpitante, précieuse et surtout, comme un appel au péché, un ventre doux taché de pur, frémissant de vent, une peur à portée de main que, jamais, elle n’atteindra. Presque un fantasme. Un rêve animal.

La cage rebondissante est hissée dans le mûrier à l’intersection de ses trois branches, calée tant bien que mal sur l’écorce rugueuse, dans la mousse et la feuille aussi rêche qu’un drap de grand-mère.
Tout le monde s’écarte. Le vétérinaire filme encore et encore. Il ne perd pas une seconde de ce grand moment, de cette histoire historique. Il filme ou il se fait filmer. Il parle beaucoup quand les autres se taisent. Ses yeux n’arrêtent pas.
Des chaises sont installées au pied de l’arbre et les enfants s’installent pour regarder.
Le temps que la bête se calme.

(Une histoire à suivre…)

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Portrait de bureau n°2

Autrefois, j’étais quelqu’un de raisonnablement ordonnée. Je n’en étais pas encore à ranger des boîtes dans des boîtes et ma collection de trombones à l’intérieur mais je ne vivais pas dans le chaos non plus! Alors que m’était-il arrivé?

Je vois dans vos yeux mon bureau se refléter, je vois surtout l’incrédulité : ordonnée? Quand on ne voit même plus de quoi est fait le bureau tellement il croule sous une montagne de papiers, un désordre d’objets divers sans lien avec la fonction du meuble, comment peut-on parler d’ordre et de raison?!

J’en rirais presque, tiens! Au lieu de cela, je vais imaginer ce qui manque à cet édifice : un litre de lait? une chaussette roulée en boule? Attention! Il ne faut pas mettre en péril la structure! D’avance, je jouis du spectacle de mon mari quand il verra qu’une nouvelle « pièce » a été ajoutée. Il sera tout aussi horrifié que vous. Non, ce sera pire : il aura peur. Et il aura raison.

Depuis des années, ce petit jeu dure. Chaque 30 mars, à 5 heures pétantes, il ouvre la porte et s’approche de mon bureau. Il ne peut pas s’en empêcher. Il ne peut pas me résister. Il faut qu’il vienne et il le fait.

Chaque année, quand il entre, je sens qu’il espère. Il est presque léger, il anticipe, il croit que tout est fini, qu’il va pouvoir débarrasser la pièce, tout jeter aux ordures et repartir comme il est venu. Toutes les années, ses épaules s’affaissent, ses yeux jaillissent de leurs orbites et un râle de souffrance échappe de sa poitrine concave. Et il repart sans avoir rien touché laissant mon bureau jubiler. Et chaque année, je me régale davantage.

Oui, j’avoue. J’ajoute sur la pile déjà précaire engloutissant mon bureau tout ce que je trouve mais toujours qu’une seule chose à la fois et qu’une fois dans l’année. Car c’est un anniversaire que je fête ainsi, en quelque sorte.
Il y a cinq ans, le 30 mars à 5 heures exactement, je suis morte dans ce bureau, transpercée par un coupe-papier.
Et c’est mon mari qui m’a tuée.

Pourquoi? Pour une bêtise, soi-disant qu’il n’aurait plus supporté mes manies d’accumulation, mes constructions de papier, mes pyramides d’objets, un désordre de 35 années après 35 années de mariage… moi quoi! N’importe quoi!

Alors depuis, je m’arrange pour qu’il ne m’oublie pas…

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Objet n°17

Objet n°17-bois flotté


Il avait été arbre du chemin,
une carte végétale à lui tout seul, avec ses rainures-rayures, ses veines gonflées comme des voiles, son écorce de strates et ses chemins de fourmis qui montaient
jusqu’au ciel.

Il avait été ancré si bien,
glissant ses racines sous les couches de terre, insinuant ses extrémités presque fluides jusque dans un autre monde souterrain animé d’une nappe frénétique.

Il avait été pris soudain
dans les bras d’un vent venu de loin, violent, presque humain. Une grande vague de désir, une houle monstrueuse, une tempête de géant l’avait arraché et enlevé jusqu’au tréfonds
des quatre coins.

Tombé dans le ciel de l’océan,
il avait navigué sans rien, privé de boussole, déboussolé et puis
plus rien.

Il est devenu objet.
Il tient dans le creux, de ma main. Mais quand je le regarde ainsi revenu d’un si long voyage, il me montre toujours
le chemin.

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Un Si Beau Voyage (chroniques de la clé USB – épisode III)


Au retour d’un périple à la montagne, voilà l’article que mon écrivain a transféré dans mes fichiers :

- Salut ! ça va ? Bien dormi ?
Je contemple mon amie, celle qui partage mes vacances à la montagne. Derrière elle, les versants enneigés irradient de lumière. Du coup, mon amie ressemble à une sainte auréolée…
- Nan, ça va pas du tout. J’ai rien dormi. Je ne trouve plus ma clé USB.
- Ta clé USB ? Celle au capuchon vert fluo ?
- Oui ! LA clé !
- Ah… mais tu vas la retrouver. Tu as bien cherché ?
- J’ai fouillé ma chambre de fond en comble. Rien.
- Quel dommage ! Je l’aimais bien, cette clé et toutes ses aventures… Tu sais à quel point je suis fan ! Maintenant, si tu l’as perdue, ce ne sera plus pareil…
- Mais il n’en est pas question ! Je ne peux pas la perdre, tu m’entends ! D’abord, il y a la chronique USB, c’est vrai. Mais surtout, il y a toute ma vie, dans cette clé ! Mes photos, mes films, mes musiques, mes recherches, mes notes, mes articles, mes manuscrits, tout ! Toute ma vie, je te dis !
- Tu ne crois pas que tu exagères un peu…
- Et toi, si je te piquais ton I-phone, comment tu le vivrais ?!
- Mal. Très mal. Ouais, t’as raison, c’est presque une question de vie ou de mort. On met trop de choses dans ces trucs-là. (silence) Mais dis-donc, qu’est-ce que tu sous-entends par « et si je te piquais ton I-phone » ?! Tu m’accuses ? Tu crois que je te l’ai volée, ta clé ?!
- Non, bien sûr que non. Mais tu sais, elle traîne dans un coin, tu passes par là, tu es une fan et sans même penser à mal, tu la mets dans ta poche en te disant que tu me la rendras plus tard, et puis tu oublies. Sincèrement, tu oublies et…
- Mais pas du tout ! Je n’ai pas volé ta clé. Tu veux vérifier dans mes poches ou quoi ?!

Je glisse un œil en direction de ce vêtement qu’elle me tend, presque tentée.

- Non, quelle idée ! Je te fais confiance. Nous sommes des amies. Si tu me dis qu’elle n’y est pas…
- Je te dis que je ne l’ai pas prise ! Tu m’énerves avec tes sous-entendus, à la fin !
- D’accord ! D’accord ! Par contre, j’irais bien voir dans ta chambre…
- Quoi ?!
- Tu sais, au cas où je l’aurais laissée tomber par inadvertance quand j’étais chez toi hier soir. Elle aurait pu rouler sous le lit ou se glisser derrière un meuble.
- Ouais et puis, je l’aurais retrouvée et glissée « par inadvertance » dans mon sac, hein ?! Et puis j’aurais « oublié » de te la rendre, c’est ça ?!

Quand la porte a volé en éclat, j’ai laissé le silence reprendre ses droits. Les bras croisés, j’ai défié la montagne qui me lorgnait derrière la fenêtre et je me suis dit :

Je vais attendre la fin de la journée. Je la ferai boire un peu trop, je la ferai parler. Et puis quand elle sera bien pompette, je lui volerai ses clés de chambre pour aller perquisitionner. Si je ne trouve rien, j’appliquerai le plan B : je lui volerai son I-phone.
J’emploierai tous les moyens, j’irai jusqu’au bout, je suis capable de tout. Mais je jure que je retrouverai ma clé USB.

En lisant ce texte, j’avoue que j’ai bien rigolé car, pendant tout ce temps où mon écrivain m’a pleurée, je m’étais tout simplement cachée.

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Portrait de bureau n°1

le bureau qui jouait au rugby

Elle est ordonnée, précise et exigeante. Surtout avec elle-même.
Elle a 45 ans. Elle est chef d’entreprise.
Elle a été 2ème ligne et capitaine de l’équipe féminine de rugby au club de Caen.
Aujourd’hui, elle travaille avec des hommes, dans un milieu d’hommes, à la place d’un homme.
Elle a accroché des tableaux de rugbymen en action aux murs de son bureau pour faire oublier qu’elle est une femme.
Elle gère ses hommes comme une équipe de rugby et pour ces hommes, c’est rassurant.
Elle se fait passer pour un homme et les hommes la respectent pour ça.
Elle travaille dur, tout le temps.
Elle travaille 12 à 14 heures par jour.
Elle se fait aider à la maison. Elle a une femme de ménage et une nourrice à domicile.
Quand elle rentre le soir, elle couche les enfants, elle fait les lessives, elle nettoie les toilettes et elle range la maison.
Le week-end, elle donne tout l’amour qu’elle n’a pas pu donner la semaine même si ses enfants n’en veulent pas.
Elle aime son mari et ses enfants mais ils ne la croient pas.
Elle veut croire que ce serait pareil si elle était papa.
Elle ne s’engueule jamais avec son mari : elle n’a pas le temps.
Elle ne regrette pas de ne jamais voir ses enfants : elle n’a pas le choix.
Elle n’a pas le temps de penser et c’est mieux comme ça.

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Ces bureaux que je peux voir en peinture…

Prêts pour une visite des bureaux du Musée des Beaux Arts de Lyon? C’est parti…

Portrait du cardinal Alberico Archinto (1698-1758) - Anton Raphael Mengs


le bureau du cardinal Alberico Archinto


Saint Jérôme méditant - attribué à Artus Wolffort


le bureau de Saint Jérôme


Saint Jean l'Evangéliste (1635-1636) - Francesco Furini


le bureau de Saint Jean l'Evangéliste


Misia à Villeneuve-sur-Yonne (1897-1899) - Edouard Vuillard


le bureau de Misia


Thomas Morus grand chancelier d'Angleterre (1827) - Claudius Jacquand

le bureau du grand chancelier d'Angleterre


Henry IV et Gabrielle d'Estrée

Henry IV et Gabrielle d'Estrée (1777) - Fleury Richard


le bureau de Gabrielle d'Estrée


Saint Paul en méditation (1543) - Gaudenzio Ferrari


le bureau de Saint Paul


Le Tasse et Montaigne (1821) - Fleury Richard


le bureau de Montaigne

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Le grincheux de Noël

des papillotes par milliers...

Vous connaissez les fameuses papillotes dans lesquelles on trouve, autour du chocolat, un petit papier translucide sur lequel est écrit une citation ?
J’ai mangé deux papillotes et j’ai écrit deux textes sur le thème universel : J’AIME PAS NOËL !
Voilà ce que cela a donné…

I.

Le grincheux de Noël

« La colère est comme une avalanche qui se brise sur ce qu’elle brise » a dit Sénèque. C’est vrai. Ce jour de Noël de l’an 2014, je l’ai bien compris.

Quand je suis arrivé, ils étaient déjà tous là, un verre à la main, à parler gras. Sur leur visage, le sourire s’étalait béat et hypocrite, ce fameux sourire de Noël qui en a tué plus d’un.
Ensuite, les enfants sont arrivés : déchaînés. Ils hurlaient : les cadeaux ! les cadeaux ! on – veut – les cadeaux !
Et quand ils les ont eus, ils ont tout saccagé, tout déchiré, réduisant des heures d’emballage quasi scientifique à néant. J’entendais le bruit de l’argent qu’on froisse et qu’on déchire et les pleurs des enfants jamais contents.
Révoltant !

Du coup, j’ai cru que me concentrer sur le repas me réconforterait …
Pas vraiment.
Il fallut survivre au plat en sauce, à la gelée insipide, à l’éternelle bûche qu’on croyait consumée depuis longtemps… hélas, elle était toujours là. Et ce repas qui n’en finissait pas !
Pour couronner le tout, la neige n’est pas venue au rendez-vous. Vous vous étonnez ?! Pensez donc, je ne sais pas vous mais moi, il y a bien longtemps que je ne crois plus au père Noël !
Le summum a été atteint quand tante Estelle s’est approchée de moi par derrière….
- Et toi, petit ! Tu ne m’as pas embrassée !

…Tante Estelle qui pique du menton et mouille de la bouche et qu’il faut embrasser.
Obligé !
Je l’avais oubliée, celle-là !
Alors oui, la colère m’a envahi et a tout englouti sur son passage.
Quand je suis rentré chez moi, j’étais très fatigué.

II.

Le meurtre de Noël

« Ecrire, c’est une façon de parler sans être interrompu » a dit Jules Renard. Alors je devrais arrêter de parler, m’enfermer loin des langues qui s’agitent en tout sens et écrire sans discontinuer : le rêve !!
Pourquoi ?

Que je vous raconte : pas plus tard qu’hier, c’était Noël. Costard-cravatte, quarante-cinq dans une pièce de 15 mètres carrés, un repas comme les tables : à rallonge. Et surtout, surtout, quatre voisins insupportables. Pourtant, ce sont pire que des amis : ma famille, ma chair et mon sang! Et bien, je vous jure que j’ai fantasmé sur leur mort, là, en direct de la table du réveillon. Entre les plats en sauce et l’éternelle bûche de noël insipide, je les ai imaginés, les uns après les autres s’effondrant la tête la première dans leur assiette dans une immonde giclée, qui empoisonné à l’arsenic, qui étouffé avec son foie gras, qui noyé dans son verre d’eau. Je vous passe les détails de ce massacre à la tronçonneuse. En plus, la bûche était même pas glacée et la neige avait oublié de tomber ! Ben voyons !
Pourquoi ?

Mais parce que pendant tout le repas qui a duré – ah, pardon, je l’ai déjà dit ? excusez-moi ! – pendant tout le repas donc, je n’ai pas pu en placer une, voilà. Ainsi, à chaque fois que j’émettais un avis, j’étais immédiatement interrompu. Une objection ? balayée d’une main indifférente ! Un bon mot, alors ? caché, enseveli, enterré sous les mots des autres !
Comme si ma voix ne comptait pas. Comme si je n’étais pas important !
Alors vous comprendrez que je veuille tuer dans ces cas-là.

Allez, tous à vos crayons ! Maintenant, c’est à vous de jouer !
Vous verrez qu’il suffit d’une papillote et d’une bonne dose d’humour noir…

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